Classe-promenade

Crédits : Coopérer est un jeu d'enfant

De nombreux enseignants, chercheurs, parents encouragent l’école du dehors, comme un moyen de se reconnecter avec la nature, de s’ouvrir au monde qui nous entoure, de mettre en œuvre la pédagogie de projets.

Il y a près d’un siècle, Célestin Freinet expérimentait la « classe-promenade », devenue ensuite la « classe-enquête », puis l’« étude du milieu ».

A la sortie du confinement lié à la crise sanitaire du covid-19, de nombreux médias s’emparent de ce sujet et des membres de la communauté éducative encouragent à pratiquer l’école à l’extérieur ➔ voir article “Quoi de neuf ?”.

Comment mettre en œuvre l’école à ciel ouvert, en ville ?

Dans cette série d’articles intitulée “classe-promenade”, je souhaite partager mes expériences de promenades éducatives, en milieu urbain, avec une classe de CYCLE2. Pour chaque sortie, nous sortons avec un regard, un objectif, une thématique différents.

« La classe-promenade fut pour moi la planche de salut. Au lieu de somnoler devant un tableau de lecture, à la rentrée de la classe de l’après-midi, nous partions dans les champs qui bordaient le village. Nous nous arrêtions en traversant les rues pour admirer le forgeron, le menuisier ou le tisserand dont les gestes méthodiques et sûrs nous donnaient envie de les imiter. Nous observions la campagne aux diverses saisons […]. Nous n’examinions plus scolairement autour de nous la fleur ou l’insecte, la pierre ou le ruisseau. Nous les sentions avec tout notre être, non pas seulement objectivement mais avec toute notre naturelle sensibilité. Et nous ramenions nos richesses : des fossiles, des chatons de noisetier, de l’argile ou un oiseau mort. »

Célestin Freinet

#01 Des lunettes de mathématicien

Nous sommes sortis pour une balade d’une quarantaine de minutes à la recherche de “choses” mathématiques.

 – Lors de cette promenade, nous porterons des lunettes de mathématicien, ai-je expliqué. À chaque fois, que vous verrez quelque chose de mathématiques, vous le signalerez. Il faudra être capable d’expliquer “pourquoi c’est mathématique”.

– On a le droit à la géométrie ?, a demandé une élève.

Je n’ai pas répondu. J’ai dit : – C’est parti, nous verrons !

Nous avons fait trois pas avant de remarquer un drôle de losange sur la barrière qui nous sépare de la chaussée.

– Un losange !!!, ont crié (hurlé?) deux élèves.
– Il est drôle ce losange car il est écrasé, a répliqué un troisième.
– Hum… pourquoi est-il drôle ce losange ? Qu’a-t-il d’étrange ?
– Ces côtés ne sont pas tout à fait de la même longueur… a repris le troisième.

– Alors peut-être que ce n’est pas un losange, ai-je ajouté.
Comme, aucun élève ne savait le nom de cette figure géométrique, j’ai pris une voix savante pour compléter : – C’est un PA-RA-LLÉ-LO-GRAMME ! ».

On a répété ce mot plusieurs fois, non sans difficultés. Puis, l’enseignant-qui-veut-toujours-ramener-sa-science, que je suis, avait déjà envie de solliciter les élèves : « Qu’est-ce qu’on entend dans parallélogramme ? Et, pourquoi on entend “parallèle” ? », mais j’ai juste eu le temps de dire : – Qu’est-ce q…

Crédits : Coopérer est un jeu d'enfant

Des élèves courraient déjà vers les barreaux du portail de l’école, en criant :
– Là, les barreaux, ils sont alignés !!
« Génial, j’ai pensé, je vais pouvoir parler de “parallèles” ! »
C’était le début d’une belle balade mathématique, voici un florilège de ce que nous avons observé.

Crédits : Coopérer est un jeu d'enfant

Lors de notre promenade, un charmant monsieur, retraité à n’en pas douter, nous a suivis sur quelques mètres. Il a observé, avec nous, la maison à l’axe de symétrie. Comme nous, il a fermé un œil et a cherché à tracer l’axe de symétrie avec son doigt, avant de nous dire :
– C’est formidable ! J’ai été professeur de mathématiques pendant quarante ans. C’est extraordinaire de voir des élèves faire des mathématiques dans la rue !
Les élèves n’ont pas vraiment compris ce qu’il y avait d’extraordinaire, d’autres n’ont même pas entendu car ils couraient déjà vers une poubelle à l’ouverture octogonale.

Nous avons joué au jeu des sept différences devant l’hôtel de ville pour déterminer qu’il n’y avait pas d’axe de symétrie. Nous avons revu une table de multiplication pour compter le nombre de carrés d’un grillage. Nous avons vérifié que la fontaine était rectangulaire (et pas carrée) en comptant les pavés de chacun de ses côtés….

De retour à l’école, nous avons fait le bilan de notre sortie mathématique, nous avons vu des figures planes (parallélogrammes, losanges, rectangles, carrés, disques, ronds, demi-cercles), des angles droits, des solides (pavés droits, des cylindres), des cercles concentriques que certains ont renommé “des cibles”. Nous avons cherché des cubes sans en trouver. Un seul outil de mesure trouvé : l’horloge.

Je pensais que nous nous arrêterions davantage sur les chiffres (plaques d’immatriculation, numéros de maison, année sur une plaque de rue..). Les élèves sont finalement restés focalisés sur les “choses” géométriques. Tant mieux, les chiffres feront l’objet d’une prochaine balade mathématique.

Ressources pour aller plus loin :
Les mille lieux du paysage, Éditions PEMF-ICEM
Eh bien, sortons maintenant ! ou Pourquoi sortir en Pédagogie Freinet. Collection “Pratiques et Recherches”, n° 61. Éditions ICEM

Des lunettes de mathématicien